Gaël Giraud


Économie & Finance, Mode de consommation, Politique, Social / lundi, février 22nd, 2021

Cet article se veut une synthèse des idées et propositions de Gaël Giraud, à partir d’une conférence accordée aux écoles du plateau de Saclay en début d’année.

Economiste en chef de l’AFD de 2015 à 2019, chercheur du CNRS depuis près de 20 ans, ce grand économiste et prêtre jésuite s’applique à croiser les approches pour répondre aux grands défis de notre temps : économique, éthique, technologique.

Nous aborderons ici les limites du modèle actuel, les solutions qu’il envisage, et la place de l’espèce humaine dans l’ère actuelle, ou anthropocène, dont le nom témoigne de la responsabilité de notre espèce dans le constat actuel.

Propos introductif 

Commençons par un petit rappel épistémologique. Les modèles proposés dans cette partie et sur lesquels tous les économistes actuels s’appuient sont des modèles de prospection. Il ne s’agit pas de prédire l’avenir mais simplement de dire : si de telles hypothèses sont réalisées en voilà les conséquences, par des calculs mathématiques. C’est ce que l’on appelle de la modélisation prospective.

Un premier phénomène important à avoir en tête lorsque l’on parle de l’augmentation de la température de la planète est qu’une température est toujours observée sous un certain taux d’humidité. Or, c’est le combo d’une forte humidité et d’une température élevée qui est létal (40° et humidité supérieure à 20%) et explique que les hausses de température puissent être parfois très dangereuses.

Prenons le scénario RCP 8.5, soit le scénario le plus pessimiste du GIEC, dans lequel nous continuons le business as usual. Selon ce scénario, la température moyenne du globe connaitra une hausse de près de 4° d’ici la fin du siècle. La part de la planète qui sera exposée à des conditions létales de température/humidité plus de 20 jours par an serait alors de 35% des terres immergées en 2050 et 50% à la fin du siècle. Si les gens ne migraient pas, cela concernerait 60% de la population mondiale en 2050 et 75% en 2100.

On comprend alors aisément que les estimations de 2,5 milliards de réfugiés climatiques d’ici la fin du siècle exprimées par la banque mondiale semblent assez réalistes.

Une autre question est à prendre en compte, un enjeu majeur pour les décennies à venir, celle du stress hydrique. Et cette fois les pays des Nord sont eux aussi concernés ! Nous reviendrons sur la possibilité des urbains des Nord d’entretenir encore un peu l’illusion que le changement climatique n’a pas déjà d’impact, alors qu’il est indéniable dans les pays des Sud où l’état des sols se dégrade et de nouvelles terres sont déjà immergées.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) parle de stress hydrique lorsque la disponibilité en eau, par an et par habitant, est inférieure à 1.700 m3. Et attention, le risque de stress hydrique ne plane pas que sur les pays chauds. Il concerne également des pays froids où le gel peut bloquer l’accès à l’eau liquide.

Si l’on combine l’augmentation des températures létales dans les zones humides et la question de l’accès à l’eau potable, on constate que certains pays, comme l’Indonésie, vont devenir très bientôt des territoires inhabitables.

Selon les Nations Unies, près de 3 milliards de personnes devraient avoir à faire face à un stress hydrique d’ici 2025. Cette carte, éditée par le World Resources Institute, montre les projections de stress hydrique pour la planète en 2040 (en rouge foncé, les zones subissant le stress le plus important).

En dehors de la simple question de l’accès à l’eau potable, le stress hydrique a également des conséquences très importantes pour l’environnement. Les plantes répondent au manque d’eau en adaptant leur développement, ce qui augmente le risque de feux de forêt. Les productions agricoles souffrent aussi de ce développement limité des plantes. Ce sont aussi les rivières qui s’assèchent, la qualité des eaux est dégradée et les eaux souterraines risquent la surexploitation. Les conséquences économiques peuvent donc être très importantes, au-delà des migrations climatiques qu’un tel phénomène entraîne.

Enfin, il ne faut pas oublier que ces dérèglements vont de pair avec une augmentation des catastrophes naturelles, surtout dans les zones équatoriales, près des océans et des plaques tectoniques. Les inondations comme les typhons sont des phénomènes de plus en plus fréquents, redoutables et redoutés.

L’équation de Kaya

TEP : énergie dissipée

Que signifie cette équation ?

L’égalité est toujours vraie, il s’agit donc d’identifier les facteurs sur lesquels nous pouvons agir. Contrairement à ce que des ingénieurs ont cru jusque-là, nous savons aujourd’hui qu’il n’y aura pas de système de traitement ou de stockage de CO2 assez important et généralisé d’ici 2050 qui nous permettrait de continuer à consommer autant de CO2 (par exemple geo-engineering).

Faire tendre vers 0 un membre de droite de cette équation suffirait à ce que les émissions de CO2 tendent elles aussi vers 0.

Etudions maintenant les différents facteurs. La population ne va pas réduire, et les politiques ne gagneront pas d’élection en vendant un PIB par tête faible, par ailleurs ce n’est pas forcément ce qu’on souhaite, à part si l’on se place dans une optique de décroissance. On peut agir sur la sobriété énergétique de notre croissance, E/PIB, donc sur l’énergie que nécessite notre croissance. Mais le mieux serait de faire tendre vers 0 le rapport CO2/E, c’est-à-dire la dépendance au CO2 de nos énergies, qu’on peut voir aussi comme les émissions de CO2 de nos énergies.

La pression anthropique est définie comme l’intersection de l’empreinte écologique (comme définie par Wackernagel) et de l’IDH (Indice de Développement Humain : indicateur dont je détaille les avantages et inconvénients un peu plus loin dans cet article).

L’objectif, en termes de pression anthropique, est d’avoir à la fois un IDH supérieur à 0,8 et une empreinte inférieure à 1. Une empreinte écologique égale à 1 signifie qu’une population a une « demande » en ressources naturelles égale à l’ « offre », que ce soit des terres cultivables ou des espaces forestiers. Aujourd’hui aucun pays ne répond à de tels critères. Il faudrait, de plus, promouvoir les Droits de l’Homme et Etat de droit, un pilier politique récemment ajouté aux préoccupations écologiques, et parfois considéré comme le 4e pilier d’un développement durable.

I. Le constat actuel

La notion d’effondrement est faussée: derrière l’imaginaire de la collapsologie, il y a l’effondrement de l’Etat, hors quand l’Etat s’effondre (Mali, Burkina Faso, Liban), il laisse place à de la tribalisation et le retour à une féodalité, accompagnées de grandes violences. Il n’y a donc rien d’enviable dans une disparition pure et dure de l’Etat. Et cela signifierait également la fin des services publics, dont des hôpitaux, dont on saisit particulièrement l’importance dans le contexte actuel de pandémie.
Et l’idée qu’un jour tout s’arrête fausse nos perceptions et nous rend aveugles aux petits effondrements déjà survenus et qui devraient eux nous réveiller.
On peut lui préférer l’image du volcan. Nous sommes tous piégés dans une cuve au fond rempli de lave, dont le niveau monte progressivement, mais chaque mètre gagné sur les parois est une petite victoire. Il s’agit d’une course de fond.

Le PIB un mauvais indicateur

Le PIB ne compte pas les désastres écologiques, les inégalités, et compte les activités mais pas pourquoi elles sont mobilisées. (Exemple : en cas d’accident de la route le PIB augmente parce qu’il y a une activité des ambulances, des hôpitaux, etc, idem quand on pollue une rivière.)
Le problème du PIB c’est que les grandes décisions sont encore prises en fonction de lui, alors que les économistes savent bien qu’il ne suffit pas. Mais c’est un indice fondé pour et par le politique, il ne fait que remplir son rôle historique, pour lequel on l’a formé.

Rapport Sen – Stiglitz, à la demande de Nicolas Sarkozy, afin d’étudier des indicateurs alternatifs au PIB (pour un résumé du rapport)

Vers de meilleurs indicateurs : améliorer l’IDH

L’IDH est défini selon 3 critères : le PIB par habitant, l’espérance de vie à la naissance et le niveau d’éducation. Il pourrait être amélioré en prenant par exemple un revenu par tête des 40% les plus pauvres de la population au lieu de la moyenne du pays, qui est déformée par la frange des plus riches, qui représentent bien moins d’1% de cette population, les très peu très très riches. Gardons l’éducation, c’est un sujet important et les indicateurs sont plutôt au point. Pour l’espérance de vie à la naissance, prenons-la sur des gens en bonne santé à la naissance plutôt.

A tout cela il faut encore rajouter la question des inégalités. C’est une question complexe à laquelle il serait judicieux de répondre en croisant deux indicateurs, le coefficient de GINI (défini par la distance de la distribution des revenus observée à une distribution égalitaire) et l’écart, mesuré par un rapport, entre le revenu moyen des 10% les plus riches et celui des 10% les plus pauvres, soit l’écart écart des deux franges aux extrêmes de la population.

Coefficient de GINI :

On pourrait enfin ajouter un indicateur écologique. On peut reprendre l’empreinte écologique, de Wackernagel, son avantage étant qu’elle permet de comprendre qu’on dépasse les capacités de charge d’une planète sans qu’une mort imminente y soit liée, le « moment du Coyote », en référence au dessin animé. Ce phénomène entretient l’illusion qu’on peut continuer comme ça, et explique qu’on ne voit pas toujours qu’il y a déjà des signes. En Europe par exemple, la disparition de 80% des insectes constitue déjà un effondrement de la biodiversité, dont nous n’avons pas forcément conscience. Il y a 20 ans, une voiture sur l’autoroute en sortait couverte d’insectes, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Mais de meilleurs indicateurs que l’empreinte écologique, pour rendre compte de la pression anthropique, existent, en prenant en compte le cycle de l’eau par exemple. Un indicateur plus fin et réaliste serait préférable.

Question de la préoccupation pour l’écologie

Le 1er confinement a permis une prise de conscience, l’espoir d’un monde d’après nouveau. Mais le retour à la normale a révélé un monde « comme avant », en pire. Et le 2e confinement, avec son économie à l’arrêt, a soulevé des préoccupations économiques et sociales bien plus importantes, le chômage (re)devient une préoccupation essentielle voire principale, et relègue les préoccupations écologiques à l’arrière plan.

En réalité, la question du chômage est déjà ancienne, les temps partiels, pour la plupart subis, pourraient être comptabilisé en partie dans le chômage. En équivalent temps plein, il y avait 30% de chômage en France avant la pandémie. On pouvait observer un taux équivalent aux Etats-Unis, et un taux de 25% en Allemagne. Le modèle économique et le marché du travail vont mal depuis bien longtemps.

II. Les réponses

Les réponses possibles se décomposent en deux catégories, les solutions orthodoxes et hétérodoxes.

La solution orthodoxe principale est le crédit vert pour les banques privées. Selon un rapport d’Oxfam récent, sur 10€ de financement d’énergie, seuls 3 sont pour des énergies dites vertes. L’enjeu des bonnes incitations aux banques peut prendre la forme de Green enhancing factor (bonus) ou de brown penalising factor (malus). Ces deux principes reposent sur une régulation différente du ratio prudentiel de Bâle 3 (définissant les règles auxquelles les banques sont forcées de répondre). A chaque crédit accordé, le banquier crée de la monnaie, en quantité proportionnelle aux fonds propres dont il dispose. Par exemple, exiger moins de fonds propres pour financer un projet vert. L’idéal serait de combiner les deux en commençant par le malus brun pour encourager les banques à cesser tout investissement dans des projets reposants sur les énergies fossiles.

Une autre solution, déjà plus hétérodoxe, serait l‘annulation des dettes publiques au bilan de la BCE. Il s’agit en effet une dette que l’on se doit à nous-mêmes, puisque la BCE a remboursé cette dette auprès des banques qui la détenaient à l’origine. (cf le livre de Gaël Giraud, Illusions financières). En France, la dette est de 120% du PIB. Cela représente un oxygène de 420 Mds si la BCE annule les dettes qu’elle détient, et un espoir de sortir de la trappe déflationniste (et pour une efficacité optimale, cette solution nécessite de se concerter avec les autres pays européens).

Une solution typiquement hétérodoxe est la monnaie hélicoptère (selon une image de Friedman) : la BCE donne de l’argent, la donne sans retour, sans dette, aux ménages précaires ou aux entreprises qui en ont besoin (lire Une monnaie écologique: pour sauver la planète, d’Alain Grandjean et Nicolas Dufrêne)

Après comment financer, que financer ?

Pour la France et les grands pays développés, la transition peut se faire en trois grandes étapes.

1. Efficacité énergétique : la régulation thermique de tous les bâtiments, publics, privés, résidentiels ou bureaux, musées, maternelles, en somme remodeler tout le bâti. Mettre fin aux banlieues : on se chauffe grâce à nos voisins, et cela permet de redynamiser les petites villes de province !

Quels sont les principaux secteurs responsables des émissions de CO2?

2. La mobilité verte : le train. La solution n’est ni la voiture à hydrogène ni l’électrique, mais de construire de nouvelles lignes de train, voire de revenir au plan de 45, à très forte densité de lignes. Le transport de marchandises est bien moins polluant en train qu’en camions, dont on peut prendre l’exemple de la « colonne noire » en Aquitaine.

Chiffres clés – Ademe

Le train permet d’acheminer une alimentation de bonne qualité à toute la population, et amène à repenser complètement le plan de nos villes, en nécessitant notamment de mettre les centres commerciaux à proximité des gares. Les villes doivent alors être très denses et circulaires (inégalités iso périmétrique), et à l’intérieur avoir le plus de zones piétonnières possibles. Les voitures restantes seront électriques ou à hydrogène.
Il sera aussi nécessaire de reprendre la polyculture pour limiter les distances parcourues donc cela sonne la fin de la grande distribution.

On vous prépare très bientôt un article sur les batteries des voitures électriques et leur impact environnemental, stay tuned !

3. Agro-écologie : l’agriculture devra être au moins raisonnée (et non reposant sur la chimie et le pétrole comme aujourd’hui), voire envisager une agriculture de permaculture. Il faudra chercher une solution adaptée à chacun des territoires entre ces deux extrêmes.
Des pratiques de gâchis d’espaces et de terres cultivables très rentables devront être abandonnées. Par exemple, des terrains qui sont parmi les plus fertiles de France sont aujourd’hui bétonnés (plateau de Saclay, aéroports). Mettre fin à l’artificialisation des sols pourra alors être complété grâce à la mise en place généralisée du train : si on prend tous les trains, on peut faire des corridors verts ou bleus à la place des anciennes autoroutes.

Le plus difficile reste l’industrie verte. Il faut rechercher une faible empreinte énergétique (limiter l’utilisation d’énergie et en produire de la verte) et l’emploi de minerais. Il est aujourd’hui impossible de recycler les matériaux rares, omniprésents par la miniaturisation et l’électronisation de nos vies, il faut donc veiller à en limiter l’usage au maximum. Il faudra aussi mettre fin à l’obsolescence programmée. On pourra ne garder l’électronique que pour les domaines qui le nécessitent vraiment, comme la défense (le militaire) et le médical. Ce sont d’ailleurs les domaines à privilégier pour la 5G, car son déploiement auprès du grand public serait un désastre écologique.

Une révolution intellectuelle est à opérer, puisqu’il faudra apprendre à s’affranchir du droit de propriété au profit d’un droit d’usage. On s’habituera à vendre et acheter les services associés à des produits. Par exemple, on achète un droit d’usage d’un pneu Michelin, ce qui sous-entend de le rendre une fois usagé. L’exemple parfait de ce mode de raisonnement est le vélib. Cependant, démembrer la propriété privée pour ne faire commerce que du droit d’usage est le principal défi actuel, une révolution mentale qu’il reste à opérer. Mais une réelle solution, complète : économe en énergie, en minerai, et en eau (et biomasse).

Les initiatives populaires et juridiques comme l’affaire du siècle sont-elles une solution ?

  • La convention citoyenne est un miracle français : 150 citoyens formés en 9 mois proposent 150 initiatives adaptées et très intelligentes. Mais elles n’ont pas été appliquées par le gouvernement : il faut s’appuyer dessus ! Cette convention est d’ailleurs l’exemple d’une réussite de la démocratie.
  • L’affaire du siècle est la matérialisation du risque juridique, en référence à la typologique des 3 risques de Mark Carney (directeur de la Banque Centrale de Grande-Bretagne en 2015) que sont le risque physique, le risque de transition et le risque juridique.

Pour lire notre article sur l’affaire du siècle ça se passe ici

  • Introduire la question de la protection de l’environnement dans la constitution ? En France, nous avons tendance à beaucoup favoriser la juridicisation. Il existe déjà suffisamment de lois mais on ne les applique pas forcément. Il n’y a aucune efficacité là-dedans, aucune capacité réelle à faire bouger les choses.

La question des biens communs

Si l’on veut prendre un exemple de passage dans la constitution efficace, nous pouvons regarder du côté de l’Italie et de sa privatisation de l’eau. La mobilisation citoyenne pour un retour à la municipalisation de l’eau a été très forte et a permis d’ajouter à la constitution italienne un article pour la protection des biens communs. Mais la notion de biens communs reste à définir très précisément. Dans des cas comme celui-là, avec une définition précise, encadrée et contraignante, une telle solution peut avoir une réelle efficacité.

III. La place de l’espèce humaine

Pour réfléchir au rôle de l’espèce humaine, il faut se poser la question du politique. Le projet post-libéral de privatisation du monde amène à sa destruction. On peut prendre l’exemple de l’Amazonie, ce fameux poumon de la planète, dont la privatisation est non seulement synonyme de destruction, mais aussi d’un emballement à l’échelle mondiale par le phénomène de réchauffement climatique. A tout vouloir privatiser, nous détruisons les ressources communes, ces fameux biens communs, ou simplement communs tant étudiés par G. Giraud. 

Les Lumières du XVIIIe ont construit un projet de société sur trois piliers.
Le premier est la démocratie (on désacralise le pouvoir en coupant la tête du roi, il n’y a plus de Dieu en politique, ni dans la régulation de la vie quotidienne, ni dans les compromis politiques).
Le deuxième est le droit et l’Etat de droit qui protègent les citoyens contre la tyrannie (Montesquieu), aussi considéré comme l’érection possible en citoyens de la population.
Et le dernier est que, pour les libéraux, la propriété privée devient un droit sacré, et donne la chair pour rendre attirants les 2 premiers points. Mais aujourd’hui, dans notre société de sur-consommation, ça ne marche plus.

Depuis, nous sommes tombés dans les mêmes travers que ceux auxquels les Lumières ont fait face :

  • On a re-sacralisé le pouvoir, à savoir les marchés financiers. Penser le marché omniscient omnipotent bienveillant, c’est lui accorder les attributs de Dieu (attributs de la théorie classique). La réalité des marchés est qu’ils sont très inefficients (la main invisible n’existe pas). Espérer que les Etats se refinancent auprès des marchés financiers est un non-sens, et en plus annonce la fin d’une souveraineté des peuples.
  • On a assujetti le droit à la défense d’intérêts privés et non l’intérêt général.
  • On a absolutisé la propriété privée.

Il faut refaire les Lumières : désacraliser le pouvoir, réordonner le droit à la défense de l’intérêt général et ne pas céder à la forte tentation autoritaire, défendre un Etat de droit (cf montée des extrêmes en Europe, article loi sécurité en France ?), et protéger les communs, par une hybridation institutionnelle marché/société civile/Etat (la santé, la biodiversité terrestre et marine…).

Faut-il sortir du capitalisme ?

Il faut d’abord définir capitalisme. On peut le considérer comme une construction d’institutions et de compromis (sociaux, historiques, culturels, politiques) pour structurer le monde autour de la capitalisation. La capitalisation est un processus par lequel une ressource me promet un flux de revenu que je peux actualiser, et la somme actualisée des revenus futurs de ce capital est sa valeur. Elle pose de nombreux problèmes théoriques comme la question des anticipations rationnelles, ou encore la question du taux d’escompte.

Le taux d’escompte : l’ennemi de la transition écologique ?

Le débat entre Nicolas Stern et William Nordhaus a cristallisé le débat sur une question théorique finalement peu intéressante. La somme actualisée des dégâts du réchauffement climatique est estimée par Stern comme énorme en raison d’un taux d’escompte assez faible. Nordhaus lui oppose qu’avec un taux d’actualisation très élevé, cela signifie que perdre beaucoup demain ne vaut quasiment rien aujourd’hui, et qu’il n’y a donc pas de nécessité voire d’urgence à agir aujourd’hui. Alors que Stern voulait simplement attirer l’attention du grand public sur la question écologique, Nordhaus a fait malheureusement tomber le débat dans des considérations théoriques sans grande réalité, faisant de ce débat un réel débat byzantin. Beaucoup d’économistes actuels ont donc ainsi débattu de la nouvelle question du sexe des anges : quel serait un taux d’escompte réaliste ? N’étant qu’un outil formel de modélisation, cette question n’a que détourné le débat de son objectif principal…

Sortir de cette volonté de tout capitaliser ?

Où puiser l’énergie spirituelle, pour inventer de nouvelles institutions pour protéger les communs ? On peut déjà se plonger dans des exemples existants comme le DNDi : Drugs for Neglected Diseases initiative. Ce projet consiste à rassembler trois types d’acteurs pour les pousser à trouver une solution aux grands problèmes de leur temps, à commencer par la question sanitaire de la réduction de grandes maladies infectieuses. Réunir big Pharma, soit les grands laboratoires pharmaceutiques, des acteurs privés, des Etats souverains et des représentants de la société civile, notamment à travers des ONG. Il s’agit d’une collaboration d’un nouveau type pour rendre un service à la société.

En ce qui nous concerne nous, étudiants en école de commerce, une mission qui nous revient est de ré-écrire la comptabilité des entreprises pour mettre l’écologie au cœur du business, et sortir de cet aveuglement du PIB et de la comptabilité qui ignore tout de l’impact écologique lié à une activité. Comptabiliser la dette écologique, qu’on peut définir comme le coût de la restauration d’un espace, détruit ou pollué par exemple.

Il faut alors sortir de la folie de la fair value, qui consiste à évaluer un bien ou service à la valeur de marché par une capitalisation. Il vaudrait mieux revenir à une comptabilité au coût historique. Et ré-écrire la comptabilité cela concerne aussi la comptabilité nationale, notamment en quittant la suprématie du PIB, comme nous en avons parlé plus haut.

Un problème actuel et majeur : le manque de démocratie

Le manque de démocratie est le frein qui nous empêche d’avancer, les médias ne remplissent pas leur rôle, la population n’est pas formée alors que cela représente un enjeu dans la transition écologique, tant l’adhésion de sa population, que les citoyens comme source d’idées et d’initiatives à mettre en place. Il n’y a pas aujourd’hui de débat démocratique sur la transition écologique, il faut plus de démocratie.

Ce qui bloque vraiment c’est le business model, le secteur bancaire et toutes les institutions financières ainsi que tous les actifs liés aux hydrocarbures fossiles.

La question des actifs bruns 

Les green bonds n’ont rien de vert en réalité, c’est du greenwashing. Il n’y a pas de finance verte aujourd’hui parce que les banques ne pourraient pas, elles coulent si les actifs bruns perdent leurs valeurs. C’est le résultat de choix de société depuis 45.

3 options sont disponibles :

  • Le recours à une banque de défaisance publique (comme pour la crise des subprimes) qui rachète les actifs bruns, financée par le contribuable. Le contribuable ne peut pas tout payer… Et ça ne résout pas le problème de l’investissement brun, qui ne disparait pas.
  • Forcer la transition écologique et faire la faillite des banques : le secteur bancaire serait alors en ruine. Or, on en a besoin pour le bon fonctionnement de l’économie.
  • Faire un équilibre avec le pouvoir de création monétaire de la BCE. Cela semble donc être la seule solution réellement viable, et la meilleure.

La BCE perd 2 200 milliards pour des Fonds Propres (FP) de 10 Mds. Mais elle peut recréer de la monnaie. La confiance en l’euro ne changera pas, puisqu’elle dépend de la vitalité de l’économie européenne pas des FP.

La BCE peut aussi racheter ces actifs bruns, avec une petite décôte pour dissuader complètement tout investissement brun, et faire la transition : elle crée la monnaie pour se re-capitaliser elle-même.

Ces solutions ne peuvent fonctionner que si les banques passent à un total financement du vert et par le vert. Et là, tous seront d’accord pour participer à la transition écologique.

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