Les Afro-américains : premières victimes de la police


"I can't breathe", Droit, Justice, Politique, Social / mardi, juin 23rd, 2020

Le lundi 25 mai 2020, l’Afro-américain George Floyd était tué par un policier blanc.  

Pour en savoir un peu plus sur cet événement dramatique, nous t’invitons à (re)lire l’article que nous avions consacré à George Floyd : http://blog.the-noise.org/2020/06/01/i-cant-breathe/

Si la mort de George Floyd a provoqué une vague de protestations d’une ampleur inédite à travers les États-Unis et a suscité l’indignation mondiale, ce drame vient s’ajouter à une longue liste d’Afro-américains tués par la police. 

Dans cet article, nous avons choisi de nous pencher sur certains des événements qui ont marqué l’opinion publique américaine, afin de mieux comprendre la situation actuelle. 

L’affaire Rodney King : pour la première fois, une vidéo rend compte de la brutalité policière

Le 03 mars 1991, Rodney King, un Afro-américain, est battu par des policiers blancs. La scène est filmée par un homme, George Holliday, alors réveillé par les cris. 

La vidéo est ensuite diffusée par de nombreuses chaînes américaines et Rodney King devient alors le symbole de la brutalité policière à Los Angeles. 

Sous la pression populaire et médiatique, quatre policiers sont finalement traduits en justice. Toutefois, Rodney King ne témoigne pas au procès, et il n’y a aucun Afro-américain dans le jury. 

En 1992, le verdict provoque la colère : tous les policiers impliqués sont acquittés. 

Pour justifier cette décision, le jury explique avoir pris en compte les antécédents judiciaires de Rodney King. Quelques années plus tôt, il avait été condamné à la prison avec sursis pour avoir braqué un commerçant. Par ailleurs, la justice tente d’expliquer ce verdict par l’état d’ébriété dans lequel se trouvait Rodney King lors de son passage à tabac par la police et par le fait que la police ne l’avait rattrapé qu’après une poursuite en voiture. 

La colère et l’indignation embrasent les quartiers noirs de Los Angeles. Des émeutes éclatent et pendant une semaine, la violence sévit dans la ville. 

On recense 53 morts et 2 300 blessés. Six cents bâtiments sont détruits et les réparations sont évaluées à 1 milliard de dollars.

La victime, Rodney King, essaye elle-même d’apaiser les tensions. « Est-ce qu’on ne pourrait pas tous s’entendre ? » déclare-t-il tristement lors d’une conférence de presse. 

En 1993, deux policiers sur les quatre sont finalement condamnés par un tribunal fédéral à deux ans de prison. Los Angeles doit verser 3,8 millions de dollars de dédommagement à Rodney King.

Les victimes de la violence policière 

Voici des infographies, créées par le journal Le Monde, en 2014, qui donne des exemples de ces violences policières qui ont secoué l’opinion publique. 

De nombreux Afro-américains, innocents et non armés, ont été tués par la police. 

Source : https://www.lemonde.fr/mmpub/edt/zip/20140821/091235/index.html
Source : https://www.lemonde.fr/mmpub/edt/zip/20140821/091235/index.html
Source : https://www.lemonde.fr/mmpub/edt/zip/20140821/091235/index.html

Michael Brown : le meurtre qui déclencha les émeutes de Ferguson 

Le 09 août 2014, Michael Brown, un jeune Afro-américain de 18 ans, est tué par la police, alors qu’il est non armé. 

Source : AFP/SCOTT OLSON

Darren Wilson, l’auteur du meurtre, affirme que le jeune homme aurait eu une attitude agressive et aurait tenté de s’emparer de son arme. 

Or, selon plusieurs témoins clés, Michael Brown se trouvait à plus de 10 mètres de la voiture et les mains en l’air, lorsque Darren Wilson tira à neuf reprises sur lui. Six balles l’atteignirent, dont deux à la tête. 

Ferguson est alors le théâtre de nombreuses protestations et d’émeutes. 

Fin 2014, les poursuites contre Darren Wilson sont abandonnées. 

Comment expliquer une telle violence à l’égard de la population afro-américaine ? 

Plusieurs raisons peuvent expliquer la situation.

La militarisation de la police américaine : la violence décuplée 

Rien qu’en 2011-2012, un véhicule blindé a été attribué à plus de 500 agences de police alors qu’un tel équipement est conçu pour des interventions en zones de combats militaires. 

Ici, les intérêts commerciaux et financiers viennent, en partie, expliquer cette militarisation de la police. 

Ainsi, selon l’expert en sécurité William Hartung, le fabricant d’armes américain Lockheed Martin recevrait chaque année 29 milliards de dollars du Pentagone. 

Le principal fournisseur américain de munitions de petit calibre ATK, s’enrichit lui aussi grâce à cette situation et son chiffre d’affaires atteint 2,9 milliards de dollars en 2014. 

Des unités d’élite qui interviennent lors d’infractions mineures

Depuis les années 1980, les unités spéciales d’intervention (SWAT) se sont développées de manière exponentielle. 

Depuis 1997, dans le cadre du « Programme 1033 », la police a accès à du matériel militaire sophistiqué, qui est financé et distribué par le Pentagone. Cette tendance s’est accentuée depuis les attentats du 11 septembre 2001.

Peter Kraska, professeur à l’université Eastern Kentucky estime ainsi que les SWAT sont présentes dans plus de 80 % des villes de plus de 25 000 habitants. 

Ces unités, dont le but initial était de gérer des situations à haut risque telles que les prises d’otages, sont maintenant déployées plus de 50 000 fois par an, contre 3 000 en 1980. 

Ces unités sont, à l’heure actuelle, largement utilisées dans le cadre d’opérations de faible intensité, comme l’exécution de mandats de perquisition. 

Lourdement armées et dotées d’un véritable arsenal militaire, ces unités provoquent un véritable effet de terreur lors de leurs interventions. Celles-ci touchent de façon disproportionnée les minorités, notamment les Afro-américains.

Ce suréquipement accroît donc les violences et les risques : les policiers se mettent à adopter des comportements de militaires chargés de combattre un ennemi. 

Par ailleurs, l’humain disparaît derrière le casque : les policiers sont déshumanisés. Ils s’exposent alors à des réactions plus hostiles.

Un racisme institutionnalisé qui gangrène la police américaine 

Les stéréotypes raciaux sont omniprésents et l’Afro-américain incarne bien souvent le délinquant type pour les policiers. 

En 2008, 12,3 % des conducteurs noirs étaient fouillés lors d’un contrôle routier tandis que seuls 3,9 % des Blancs l’étaient.

Dans 72 % des villes américaines où la population noire représente au moins 5% de la population totale, les Noirs sont sous-représentés dans la police par rapport aux Blancs. 

Les contrôles au faciès effectués quotidiennement dans les quartiers où vivent les minorités participent alors à accroître les tensions entre les policiers et les minorités, notamment les jeunes hommes noirs et latino-américains.

Pour aller plus loin : 

Visionner I am not your negro 

Cet excellent documentaire a été réalisé par Raoul Peck en 2017 et est un véritable bijou cinématographique. La question raciale est explorée et brillamment analysée.

Samuel L. Jackson y déclame les écrits de l’écrivain Afro-américain James Baldwin tandis que défilent des images d’archives, sélectionnées avec soin et qui font tristement écho à la situation actuelle. 

Sources 

ROCQUILLON Charlotte, « Racisme et militarisation : la face cachée de la police américaine », Le Monde, 2014, (https://www.lemonde.fr/mmpub/edt/zip/20140821/091235/index.html, site consulté le 22 juin 2020) 

GUILLOT Claire, « Mars 1991 : le tabassage de Rodney King embrase les États-Unis », Le Monde, 18 août 2014, (https://www.lemonde.fr/culture/article/2014/08/18/mars-1991-le-tabassage-de-rodney-king-embrase-les-etats-unis_4472710_3246.html, site consulté le 23 juin 2020) 

DROUET Camille, « Meurtre de Michael Brown : tout comprendre à l’affaire qui secoue les États-Unis », Le Monde, 14 août 2014, (https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/08/14/meurtre-de-michael-brown-tout-comprendre-de-l-affaire-qui-secoue-l-amerique_4471464_3222.html, site consulté le 23 juin 2020) 

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