Le « Commandant Cousteau », la voix des générations futures


Cinéma, Exploration / vendredi, mai 1st, 2020

« Mégalomane » ou « génie », « aventurier » ou « protecteur », le « Commandant Cousteau » reste dans le cœur des Français celui qui leur a ouvert la voie de l’océan. Réalisateur et homme d’action politique, figure internationale de l’engagement en faveur de la protection de l’environnement, il restera pour toute une époque « la voix des générations futures ».

 

L’appel de l’océan

Né en Gironde en 1910, Jacques-Yves Cousteau tombe très tôt dans le monde marin puisqu’il pratique la nage et l’apnée dès son enfance dans les calanques de Marseille. À l’âge de 20 ans, il entre à l’école navale de Brest où il fera carrière, scellant sa passion pour l’océan. Là, il y rencontre Philippe Tailliez, lui-même déjà engagé dans la protection de la nature, puis Frédéric Dumas, et le trio d’amis plongeurs formera tout au long de leur vie les « mousquemers », grands aventuriers des eaux.

À eux trois, ils révolutionnent la plongée moderne en étoffant des inventions datées : avec le concours de l’ingénieur Etienne Gagnan et de la société AirLiquide, ils inventent le scaphandre moderne (détendeurs et bouteilles plus sécurisés), la combinaison de plongée, et surtout utilisent du matériel cinématographique de pointe pour filmer les dessous des océans.

 

Vingt-mille lieues sous les mers

Tourné pendant la guerre, le documentaire Épaves lui permet de créer en 1945 le Groupement de Recherches Sous-marines de la Marine nationale à Toulon, encore aujourd’hui en activité. En 1950, il peut acheter le Calypso – navire qui fera partie de sa légende – grâce au mécénat du millionnaire Loël Guiness.

 Les années suivantes, il réalise un tour du monde de nombreux sites de plongées qu’il filme. Il en tire un livre en 1953, qui sera transformé trois ans après en un film culte : Le Monde du silence. Le documentaire gagnera la Palme d’Or à Cannes et lui assurera un succès populaire certain, qui entérine l’image de « l’homme au bonnet rouge » (emblème de son équipage, en référence aux anciens bagnards de Toulon).

Par ce film, Jacques-Yves Cousteau devient alors un grand nom de l’environnement. Pourtant, à cette époque, il reste encore l’aventurier de sa jeunesse plutôt que l’activiste qu’il deviendra. S’il a la qualité majeure de montrer toute la beauté du monde sous-marin, le film a été plus tard fortement critiqué pour le manque de considération des réalisateurs envers le milieu dans lequel ils tournent : recensement de la faune à la dynamite, mise en danger des animaux, destruction massive de coraux, racisme envers les populations indigènes, etc. Par ailleurs, il est assez mal vu pour son côté « hollywoodien », critiqué pour son manque de rigueur scientifique et l’écriture préalable de certaines scènes qui se voulaient pourtant « naturelles ».

 

Un militant international

Le « commandant Cousteau » commence cependant à recevoir une reconnaissance institutionnelle : il est élu directeur du Musée Océanographique de Monaco en 1957, puis il est fait commandeur de la Légion d’honneur en 1972. 

Ses travaux se poursuivent avec la réalisation du film Le Monde sans soleil, oscar du meilleur film documentaire en 1965, puis avec Voyage au bout du monde en 1973, une expédition en Antarctique en partie financée grâce à la toute nouvelle « Cousteau Society » créée aux Etats-Unis. Jacques-Yves Cousteau est alors une figure de proue internationale, aussi célèbre en France qu’outre-Atlantique pour ses travaux sur le monde marin.

 

Et la mer et l’amour ont l’amer en partage

Prenant peu à peu conscience des immenses destructions que subissent les océans, le « Commandant Cousteau » met à profit sa notoriété et s’engage pour leur sauvegarde. Il est de tous les combats : contre la surpêche, l’exploitation industrielle et minière, l’enfouissement des déchets nucléaires ou encore pour la protection de la biodiversité. Il s’illustre notamment dans la protection de l’Antarctique, lorsque dans les années 1980 s’engage à Wellington une révision des statuts du continent (en 1959, les principales puissances mondiales avaient convenu un statu quo sur le contrôle de l’Antarctique). Les négociations aboutissent sur une convention qui autorise l’exploitation minière au détriment de l’environnement.

« Les missions impossibles sont les seules qui réussissent »

Il mène alors une vaste campagne de sensibilisation dans toute la France, dont une pétition qui dépasse le million de signataires. Cette campagne s’achève par la non-ratification du traité par le gouvernement français (qui sera suivi par l’Australie), ce qui enterre de fait toute possibilité d’accord (la révision requerrait l’unanimité des signataires). Encore aujourd’hui, le Protocole de Madrid signé en 1991 pose un principe de prohibition de toute activité d’exploitation autre que scientifique, consacrant l’inviolabilité de la biodiversité du continent.

 

Tous les fleuves vont à la mer

Les années 1990 font figure de consécration internationale avec sa célèbre intervention à la conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement en 1992. Conseiller de l’ONU et de la Banque mondiale, il devient président du nouveau Conseil pour les droits des générations futures, organe d’importance majeure qui reconnaît enfin la nécessité d’un développement durable.

« Demain, je veux que les droits de ceux qui nous succéderont soient inscrits dans les devoirs de ceux qui existent »

A sa mort en 1997, de nombreuses personnalités lui rendent hommage, autant du monde du cinéma (tels que James Cameron) que du monde politique, deux océans entre lesquels il a toujours navigué.

 

Son oeuvre

Par-delà sa « légende noire » et sa personnalité controversée, le « commandant Cousteau » représente l’évolution de toute une époque, d’une vision guerrière de la nature (et d’un combat pour s’en rendre « comme maître et possesseur ») à la réalisation douloureuse qu’elle est un joyau à protéger. Ayant filmé pendant plus d’un demi-siècle les fonds marins, Cousteau est le premier à pouvoir en constater la dégradation, ce qui le rendra avec l’âge de plus en plus inquiet et de plus en plus militant quant à leur nécessaire protection.

Si ses documentaires manquent parfois de rigueur, lui-même disait qu’il fallait donner dans ces films plus que de l’information, mais de l’émerveillement : « les gens protègent et respectent ce qu’ils aiment, et pour leur faire aimer la mer, il faut les émerveiller autant que les informer ». Il restera sans conteste le grand précurseur des documentaires modernes de sensibilisation que produisent aujourd’hui Yann-Arthus Bertrand ou Nicolas Vanier, par exemple.

« Il a développé l’imagination de toute une génération »

Homme politique de premier plan, il a su incarner la voix apartisane de l’environnement au sein des organisations internationales pour y impulser le changement. Pour le résumer, je citerai simplement l’hommage que lui rend James Cameron : « Il a développé l’imagination de toute une génération ». Et je vous invite, pour retrouver le merveilleux de votre âme d’enfance, à (re)voir ses documentaires sur l’or bleu, et à vous plonger dans l’histoire de l’Océan.

 

Pour aller plus loin

Pour prolonger le portrait, et comprendre les enjeux de la protection des océans aujourd’hui, voici quelques (courtes) vidéos sur leur état actuel et leur importance pour la biodiversité.

L’océan : un puits naturel de CO2 bientôt rempli ?
https://www.youtube.com/watch?v=6zpXeVCEhs8

Le réchauffement climatique : une bombe à retardement pour l’océan?
https://www.youtube.com/watch?v=thGkaj0YOJU

L’hydrate de méthane, potentiel maillon d’un cercle vicieux du réchauffement climatique
https://www.youtube.com/watch?v=HA1ikuTisH8

La surpêche dans le monde et ses effets sur la biodiversité
https://www.youtube.com/watch?v=_-bSD3AHgsQ

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