Conférence MSN #1: de la fast fashion à la mode responsable


Agriculture, Alimentation, Les Comptes-Rendus, Mode de consommation / mercredi, janvier 29th, 2020

Si tu n’as pas pu être là le 27 Janvier pour la table ronde sur les impacts sociaux & environnementaux de la fast-fashion, ne t’inquiète pas, voilà un petit compte-rendu pas piqué des hannetons pour rattraper tout ça !

Les intervenants :

  • Clémence Hulet : après un Master 2 en Affaires Publiques elle est devenue consultante chez Deloitte Développement Durable pour aider & accompagner les entreprises dans leur transformation pour intégrer les enjeux du développement durable
  • Hortense Pruvost : Diplômée de Sciences Po, elle est également consultante chez Deloitte Développement Durable depuis 4 ans

Un petit mot sur Deloitte Développement Durable

Chez Deloitte Développement Durable, Clémence & Hortense travaillent toutes deux au pôle « Change », qui travaille notamment avec des ONG et Deloitte se positionne comme médiateur lors des crises entre ONG et entreprises.

  • Marie-Emmanuelle Demoures : elle se présente comme écolo convaincue et passionnée de mode. Après être passée sur les bancs de Dauphine puis de l’Institut Français de la mode, elle est aujourd’hui directrice des collections & achats (elle gère entre autre la commercialisation) chez Balzac Paris, maison fondée en 2014.

Un petit mot sur Balzac Paris

Balzac Paris est une maison de mode responsable. La marque est soucieuse des matières choisies, et présente notamment des collections entièrement réalisées à partir de chutes de tissus. Balzac Paris a pris de nombreux engagements : fabriquer les vêtements dans l’Union Européenne, relation de confiance avec les partenaires.  Traçabilité & transparence sont deux mots clés pour comprendre la démarche de la marque.

  • Léa Marcq : Après avoir suivi des études de stylisme puis après avoir été rédactrice de mode, c’est au cours d’un voyage en Espagne qu’elle a pris conscience de l’impact de la fast-fashion. Ex fast-fashionista, Léa a fondé en 2016 le site The Alleah, qui propose à ses lecteurs des marques éthiques et accessibles ainsi que des petits tips pour passer à la mode responsable.

Afin de bien cerner le sujet, nous avons d’abord visionné la bande annonce du documentaire The True Cost, qui illustre parfaitement les dérives sociales et environnementales qui sont causées par la production de masse des grandes enseignes de la fast-fashion.

D’ailleurs si la bande annonce t’a donné envie, nos amis de CQN te propose une séance ciné jeudi à 16h30 :

https://www.facebook.com/events/2245547432411996/

L’industrie textile génère 8% des émissions de CO2 mondiales, plus que l’aviation & le transport maritime réunis

Le débat

Tout d’abord, il nous a paru essentiel de parler de la problématique majeure de la fast fashion : pourquoi consommons nous autant, pourquoi avons-nous tant besoin & envie de consommer ? Pourquoi cela nous parait-il normal d’acheter des tee-shirts à trois euros ?

Selon nos intervenantes, c’est avant tout lié à une perte de la notion de valeur.

Cependant, encore plus dans la mode que dans d’autres domaines, cet idéal de sobriété et de consommation raisonnée semble difficile à atteindre. La mode, par définition, repose sur un renouvellement constant, de nouvelles pièces à shoppper chaque mois pour être au top des tendances. Dans cette optique, comment concilier mode & durabilité ?

              Ces dernières années, on constate tout de même un changement d’état d’esprit de la part de nombreux consommateurs, même s’il est vrai que la mode n’est souvent pas le premier levier d’action des nouveaux écolos convaincus. Pour quelle raison ? Car il est difficile de changer ses habitudes et de réfréner les achats impulsifs, encore plus dans la mode, car même si l’habit ne fait pas le moine, on ne va pas se mentir, notre personnalité transparait à travers notre façon de nous vêtir.

Dès lors, comment remédier à cela ?

  • Trouver des alternatives : pour celles et ceux qui ne sont pas encore prêts à acheter moins, passer par le seconde main, le vintage
  • Réfréner ses envies, fussent-elles seulement de vraies envies ? pourquoi ai-je besoin de cette chemise ? Est-ce que j’en ai vraiment besoin ?

En 15 ans, la production de vêtements a doublé et en même temps, l’utilisation a baissé de 36%

Source : http://les.cahiers-developpement-durable.be/outils/analyse-du-cycle-de-vie/

Que fait-on des vêtements dont on ne veut plus ?

Malheureusement, aujourd’hui encore, la revalorisation des vêtements usagés est encore peu développée. Les vêtements usagés sont en réalité de véritables gisements de matières qui ne sont pas exploités comme il pourrait l’être.

Autre problème majeur : la plupart de nos vêtements sont composés d’un mix de matières, ce qui complique encore les possibilités de recyclage car il y a très peu de solutions industrielles pour séparer les matières avant de pouvoir procéder au recyclage.

Comment intégrer le recyclage quand on est une marque de mode qui veut faire une transition dans son fonctionnement ?

Pour une marque de mode, le recyclage est un véritable enjeu de recherche & développement. Cependant, il est difficile d’investir dans ce domaine pour des grandes marques qui sont déjà dans une logique de mass market, contraintes par des réductions de coûts pour produire en grande quantité à un prix bas.

Les initiatives existantes :

  • La collection faite avec des chutes de tissus (Balzac)
  • Introduction d’un cuir recyclé, à partir des déchets d’usine, toujours chez Balzac

Ce qui est important à prendre en compte, c’est que pour toutes les marques nouvellement créées, il faut intégrer cet enjeu, cette problématique de recyclage des vêtements.

On ne porte qu’1/5 de nos gardes robes

Quel est selon vous l’avenir pour les plateformes de type Vinted, ou même plus généralement pour le seconde main ?

Selon Léa, la seconde main ne sera pas le futur, et ce pour plusieurs raisons :

  • Il y aura toujours des consommateurs qui voudront acheter des vêtements neufs
  • Vinted, Leboncoin sont certes pour l’instant des plateformes qui se développent rapidement, mais cependant, les solutions qui semblent faciles ne sont pas toujours les meilleures. En effet, derrière l’apparente simplicité, c’est énormément de logistique !

Quelles sont les matières à privilégier ?

Un petit point sur les matières

Matières naturelles : ce sont toutes les matières qu’on trouve dans la nature. Leur origine peut être végétale (coton) ou animale (laine)

Matières artificielles : les fibres artificielles sont créées par l’homme à partir de la cellulose qui se trouve dans les végétaux (pin, bambou) (viscose, lyocell)

Matières synthétiques : les fibres synthétiques proviennent du pétrole (polyester, polyamide)

Les avantages & inconvénients

Matières naturelles : contrairement à ce qu’on pourrait penser, la production de fibre naturelle n’est pas forcément celle à privilégier. En effet la production de coton est l’une des plus polluantes au monde

Matières artificielles : même si certains procédés sont encore très polluants, le Lyocell a reçu un label Ecolabel en 2000

Matières synthétiques : l’avantage de ces fibres, c’est que la qualité ne diminue pas avec le recyclage. Ce sont les fibres les plus utilisés, de par leur coût de production faible. Cependant, ce sont des dérivés du pétrole et bien souvent, les microplastiques contenus dans ces matières polluent l’eau lors des lavages successifs

Source : https://couturedebutant.fr/le-guide-du-tissu-1-fibre-naturelle-synthetique-et-artificielle/

Que doivent faire les marques aujourd’hui pour opérer une transition ?

Cependant, la coopération est encore difficile dans le secteur de la mode, réputé pour être hyper concurrentiel.

  • S’assurer de la traçabilité des produits

2 ENJEUX : TRACABILITE & COOPERATION

Ou alors, certaines marques font preuve de plus de « disruptivité », à l’image de Balenciaga, qui tente de créer une empreinte digitale pour le coton, tout cela pour contrôler la provenance des matières premières utilisées. Je te laisse aller jeter un coup d’œil à l’article dédié sur le site The Alleah : http://thealleah.com/balenciaga-coton-biologique-tracabilite/

Comment le consommateur peut-il s’y retrouver au milieu de toutes ces marques ? Comment différencier les marques qui font du greenwashing des marques réellement responsables ?

  • Présence de labels
  • Label Global Organic Textile Standard (GOTS): label international créé en 2002, il garantit un mode de production écologique et socialement responsable. Attention cependant, ce label tient compte de la production du textile et non des conditions de culture du coton

(Pour en savoir plus : https://www.labelinfo.be/fr/label/gots)

  • Label « Go For Good » mis en place par les Galeries Lafayette : le but est de rendre reconnaissable les produits (vêtements, accessoires) qui ont un impact positif sur l’environnement, le développement social ou la production locale

(Pour en savoir plus : https://goforgood.galerieslafayette.com/)

Attention, il faut cependant faire attention aux labels. Par exemple, le label des Galeries Lafayette « Go for Good » : ce label pourra être accordé à certains vêtements d’une marque, ce qui ne signifie pas que toute la marque est responsable, mais que ce produit en particulier l’est, de par sa composition, son mode de fabrication, …

Pour conclure sur une note positive, nous avons demandé à nos intervenantes ce qui les réjouissait dans l’univers de la mode.

Au-delà d’une prise de conscience certaine et visible de la part de plus en plus de consommateurs, Marie-Emmanuelle se réjouit du fait qu’à toutes les étapes de production d’un vêtement, de sa conception à sa distribution, tous les acteurs veulent apporter leur pierre à l’édifice, stylistes comme consommateurs. Une autre bonne nouvelle, comme le montre les initiatives existantes, certaines marques parviennent à sortir de cette logique d’hyper concurrentialité pour s’allier et travailler ensemble. Enfin, toutes ces petites maisons de mode responsables grandissent peu à peu et questionnent notre rapport à la mode, à la consommation et commencent à faire trembler les grands groupes, qui sont bien obligés à leur tour de proposer des initiatives écofriendly à leurs clients (Conscious chez H&M, JoinLife chez Zara, …). Même si ces initiatives peuvent encore s’apparenter à du greenwashing, il faut reconnaitre leur existence.

Au terme de la table ronde, nous avons eu un temps de questions/réponses avec le public.

Est-ce qu’une action étatique est souhaitable sur ce sujet ? En effet, l’Etat intervient déjà au sujet de l’environnement (carbone, véhicules polluants, …), mais pas vraiment dans le domaine de la mode.

Lors du dernier G7, un Fashion Pact a été signé par 147 marques. Celles-ci s’engagent à réduire leur impact sur le climat, la biodiversité et les océans (objectifs non contraignants). Ce Fashion Pact est le résultat d’une collaboration entre Emmanuel Macron et François-Henri Pinault, le PDG de Kering. Ainsi, il y a bien une volonté de la part du gouvernement de « faire bouger les choses » et d’inciter les différents acteurs de la mode à prendre conscience de leur impact sur l’environnement. Pour l’instant, les actions se concentrent plus sur les « producteurs » que sur les consommateurs.

Même si nous sommes intéressés par la mode responsable, nous, en tant qu’étudiants, nous n’avons pas toujours les moyens de nous acheter le petit pull Balzac à 150€, comment répondre à ces envies de mode responsable quand on n’a pas forcément le porte-monnaie pour ?

Il ne faut pas le nier, c’est encore le problème majeur : la mode responsable n’est pas accessible à tout le monde, c’est encore un marché de niche.

Cependant, il existe des alternatives :

  • La seconde main, c’est ce qui reste le plus accessible. Il existe des fripes de seconde main avec des marques responsables
  • La sobriété : on pense qu’acheter souvent des vêtements pas chers, cela est moins coûteux qu’acheter une belle pièce plus rarement. Or, finalement, les belles pièces sont plus durables.

 Il faut finalement suivre Coco Chanel qui disait : « La mode se démode, le style jamais ».

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